La science des récitations coraniques comprend trois grands domaines :
- La maîtrise des principes du Tajwid.
- La compréhension des différents styles de récitation.
- L’étude des diverses méthodes d’apprentissage.
Comprendre les principes du Tajwid
Le Tajwid se divise en deux aspects :
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Les règles théoriques : elles regroupent les fondements du Tajwid, comme les règles de prolongation (ahkam al-madd) ou les règles liées au Noun sakina et au Tanwin. La maîtrise de ce domaine est une obligation collective (fard kifaya) pour la communauté musulmane.
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L’application pratique : elle consiste à appliquer correctement les règles du Tajwid lors de la récitation du Coran. L’objectif est de réciter comme le Prophète Muhammad (que la paix soit sur Lui), tel qu’il l’a appris de l’ange Jibril. Cette application est une obligation individuelle pour tout musulman souhaitant réciter ou mémoriser des passages du Saint Coran.
Les savants du Tajwid et des lectures coraniques insistent sur l’importance de réciter le Saint Coran de la même manière que le Prophète Muhammad (que la paix soit sur Lui), selon la transmission reçue de Jibril (que la paix soit sur lui), puis transmise aux Compagnons et aux générations suivantes.
Allah le Très Haut dit dans le Saint Coran :
أَوْ زِدْ عَلَيْهِ وَرَتِّلِ الْقُرْآنَ تَرْتِيلًا
« Ou un peu plus. Et récite le Coran avec une récitation mesurée. » (73:4)
Allah dit également :
الَّذِينَ آتَيْنَاهُمُ الْكِتَابَ يَتْلُونَهُ حَقَّ تِلَاوَتِهِ أُولَـٰئِكَ يُؤْمِنُونَ بِهِ
« Ceux à qui Nous avons donné le Livre le récitent comme il se doit. Ceux-là y croient. » (2:121)
Pour honorer la Révélation, il convient donc de réciter le Saint Coran comme il a été révélé. Une récitation correcte implique :
- De privilégier la clarté et la précision dans la lecture coranique.
- De respecter le point d’articulation de chaque lettre.
- De donner à chaque lettre son son exact afin de tendre vers une récitation correcte et soignée.
Comprendre les différents modes de récitation du Coran
Origine des variations de récitation
Au début, la Révélation fut récitée selon un seul harf, puis le Messager d’Allah (que la paix soit sur Lui) demanda à Jibril jusqu’à ce que l’ange lui enseigne la récitation du Coran selon sept ahruf.
Ibn Abbas (qu’Allah soit satisfait de lui) rapporte que le Prophète (que la paix soit sur Lui) a dit :
« Jibril m’a d’abord enseigné la récitation du Coran selon un seul harf. Je lui ai demandé davantage, et il augmenta jusqu’à sept. »
Ce hadith est rapporté par Al-Bukhari et Muslim.
Il est courant de penser, à tort, que ces sept ahruf correspondent aux sept lectures connues. Cette interprétation demande cependant des précisions, comme nous allons le voir.
Dans la sourate Al-Hajj, Allah le Très Haut dit :
وَمِنَ النَّاسِ مَن يَعْبُدُ اللَّـهَ عَلَىٰ حَرْفٍ
« Il est parmi les gens celui qui adore Allah sur le bord. » (22:11)
Dans ce contexte, le terme harf peut être compris comme une manière, un mode ou une forme.
Omar ibn Al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui) rapporte :
« J’entendis Hisham ibn Hakim réciter la sourate Al-Furqan d’une manière différente de celle que le Messager d’Allah (que la paix soit sur Lui) m’avait enseignée. Je faillis l’interrompre pendant sa récitation, mais je patientai jusqu’à ce qu’il termine. Puis je le saisis par son vêtement et l’amenai auprès du Prophète. Je dis : “Ô Messager d’Allah, je l’ai entendu réciter le Coran d’une manière différente de celle que tu m’as enseignée.” »
Le Messager d’Allah (que la paix soit sur Lui) dit alors à Hisham : « Récite. » Il récita de la même manière que je l’avais entendu réciter.
Le Prophète (que la paix soit sur Lui) dit : « C’est ainsi qu’il a été révélé. »
Puis il me dit : « Récite. » Je récitai alors, et il dit : « C’est ainsi aussi qu’il a été révélé. Le Coran a été révélé selon sept modes. Récitez donc ce qui vous est le plus facile. »
Ce hadith est rapporté par Al-Bukhari et Muslim.
Les différentes récitations du Coran viennent-elles uniquement des dialectes ?
Le hadith précédent apporte un éclairage important sur la diversité des récitations coraniques.
Beaucoup expliquent ces différentes lectures par les dialectes arabes présents à l’époque. Les dialectes ont effectivement joué un rôle, mais ils ne sont pas la seule explication.
L’exemple de Hisham et Omar ibn Al-Khattab est révélateur : tous deux appartenaient à Quraysh, mais à deux clans différents. Hisham appartenait aux Banu Asad, tandis qu’Omar appartenait aux Banu Adiyy. Or, Quraysh formait une même tribu avec une langue commune.
Les savants ont étudié cette question en profondeur et ont proposé de nombreuses explications. Toutefois, l’idée des dialectes demeure l’une des plus connues. Il faut cependant noter que les différences de récitation concernent davantage les termes employés que le sens général transmis. Cela apparaît clairement dans la réaction d’Omar ibn Al-Khattab : sa remarque portait sur la formulation récitée, non sur le message transmis.
Ces différents ahruf, ou modes de récitation, témoignent de la richesse et de la souplesse du Coran. Allah, dans Sa sagesse, a voulu rendre Sa parole accessible et facile à réciter pour Ses serviteurs.
Comprendre les dix lectures, les sept lectures et les sept Ahruf
Le domaine des lectures coraniques, appelé qira’at, est vaste et précis. Les dix lectures reconnues aujourd’hui reposent à la fois sur la Révélation et sur le travail rigoureux des savants de la transmission.
Le concept des « sept lectures » n’est pas mentionné directement dans le Coran ou la Sounnah. Il correspond plutôt à la classification établie par Ibn Mujahid (qu’Allah lui fasse miséricorde).
Beaucoup pensent à tort que les sept lectures correspondent directement aux sept ahruf mentionnés dans la Sounnah. En réalité, ces deux notions sont distinctes. Leur nombre identique relève d’une coïncidence.
Plus tard, les savants ont complété la classification d’Ibn Mujahid en authentifiant trois autres lectures, portant leur nombre total à dix. Chacune de ces dix lectures possède une chaîne de transmission fiable remontant au Prophète Muhammad (que la paix soit sur Lui).
Dans ces dix lectures, certains versets peuvent avoir plusieurs variantes reconnues. Toutefois, la majorité des versets ne présentent qu’une seule forme de récitation.
Parmi les lectures les plus connues, on retrouve :
- Ibn ‘Amir, de la région du Cham, décédé en 118 de l’hégire. Sa lecture fut transmise notamment par Ibn Dhakwan et Hisham.
- Ibn Kathir, de La Mecque, décédé en 120 de l’hégire. Sa lecture fut transmise par Al-Bazzi et Qunbul.
- Nafi‘, de Médine, décédé en 169 de l’hégire. Sa lecture fut transmise par Qalun et Warsh.
- ‘Asim, de Koufa en Irak, décédé en 127 de l’hégire. Sa lecture fut transmise par Shu‘bah et Hafs.
- Hamzah, également de Koufa, décédé en 156 de l’hégire. Sa lecture fut transmise par Khalaf et Khallad.
- Abu ‘Amr, de Bassora en Irak, décédé en 154 de l’hégire. Sa lecture fut transmise par Ad-Duri et As-Susi.
- Al-Kisa’i, de Koufa, décédé en 189 de l’hégire. Sa lecture fut transmise par Abu Al-Harith et Ad-Duri.
Pour compléter la liste des dix lectures, les savants ont également reconnu :
- Khalaf, de Koufa, décédé en 229 de l’hégire. Sa lecture fut transmise par Idris et Ishaq.
- Abu Ja‘far, de Médine, décédé en 130 de l’hégire. Sa lecture fut transmise par Ibn Wardan et Ibn Jammaz.
- Ya‘qub, de Bassora, décédé en 205 de l’hégire. Sa lecture fut transmise par Ruways et Rawh.
Ces dix lectures, reconnues par les savants au fil des générations, témoignent de la richesse linguistique et phonétique du Coran.
Que signifient les mots Qari, Rawi et Tariq ?
La transmission des lectures coraniques repose sur une chaîne précise. Elle peut être résumée ainsi :
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Qari (قارِئ) : le Qari est le lecteur principal, maître d’une lecture coranique reconnue.
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Rawi (راوِي) : le Rawi est l’élève direct du Qari. Il transmet la lecture qu’il a apprise auprès de lui.
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Tariq (طَريق) : le Tariq désigne la voie de transmission. Elle englobe les élèves du Rawi et les générations successives ayant transmis cette lecture.
Par exemple, ‘Asim est un Qari. Il a deux Rawis principaux : Shu‘bah et Hafs. Hafs a ensuite eu des élèves reconnus, comme ‘Amr et Ubayd ibn Sabah, puis la transmission s’est poursuivie à travers d’autres générations.
Les différents modes d’apprentissage et de récitation
1. At-Tahqiq – التَّحْقِيق
Dans l’art de la récitation coranique, le premier niveau est appelé At-Tahqiq. Il repose sur la précision, la lenteur et l’attention aux détails.
Ce mode demande de maîtriser plusieurs éléments :
- Le son des lettres : chaque lettre doit être prononcée correctement selon son point d’articulation.
- Les voyelles longues et courtes : le lecteur doit distinguer précisément les prolongations et les voyelles brèves.
- La Hamza (ء) : sa prononciation doit être claire, qu’elle apparaisse au début, au milieu ou à la fin du mot.
- Le rythme de récitation : la lecture doit être calme, lente et réfléchie.
At-Tahqiq est principalement utilisé dans l’apprentissage afin de bien comprendre et appliquer les règles de récitation. Toutefois, il faut éviter l’exagération, car allonger excessivement certaines lettres peut rendre la récitation incorrecte.
2. Al-Hadr – الحَدْرُ
Le second niveau est appelé Al-Hadr. Il correspond à une récitation plus rapide, tout en respectant les règles du Tajwid.
Ce mode est souvent utilisé pour la révision ou pour réciter de longues portions du Coran, à condition de ne pas négliger les règles de prononciation.
3. At-Tadwir – التَّدْوِيْرُ
Le troisième niveau est appelé At-Tadwir. Il s’agit d’un mode intermédiaire entre At-Tahqiq et Al-Hadr.
At-Tadwir permet une récitation équilibrée : ni trop lente, ni trop rapide. Il est souvent considéré comme le mode le plus adapté à une récitation régulière et méditative.
Pourquoi apprendre le Tajwid avec un enseignant ?
À l’époque du Prophète Muhammad (que la paix soit sur Lui), les règles du Tajwid n’avaient pas besoin d’être théorisées comme aujourd’hui, car le Coran fut révélé dans la langue des Arabes, qui maîtrisaient naturellement sa prononciation.
Avec l’expansion de l’Islam vers des peuples non arabophones et l’évolution des dialectes arabes, il devint nécessaire de formaliser les règles de la langue arabe et celles de la récitation du Saint Coran.
Dans la correction de la récitation coranique, le rôle d’un enseignant qualifié est essentiel. Il est possible d’étudier certaines règles dans des livres ou à travers des ressources en ligne, mais l’oreille d’un professeur compétent reste indispensable pour corriger précisément les erreurs.
Celui qui souhaite améliorer sa récitation devrait chercher un enseignant reconnu et compétent. La correction doit commencer par les éléments fondamentaux liés à la prière, notamment la récitation de la sourate Al-Fatiha, qui est un pilier essentiel de la prière.
Lorsque l’on ne trouve pas facilement d’enseignant qualifié, il est possible de s’améliorer en écoutant attentivement des récitations fiables et en s’exerçant régulièrement.
Parmi les références utiles :
- Les récitations de Shaykh Al-Husary.
- Les récitations de Shaykh ‘Ali Al-Hudhayfi.
Conclusion
Cette leçon consacrée aux règles du Tajwid, aux lectures coraniques et aux modes de récitation est maintenant terminée.
Incha Allah, la prochaine leçon portera sur l’identification et la correction des erreurs fréquentes commises lors de la récitation du Saint Coran.
À l’Institut Al-Dirassa, nous proposons un accompagnement accessible pour apprendre et maîtriser les règles du Tajwid avec des enseignants qualifiés.
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